Accéder au contenu principal

Articles

Mademoiselle Camille

La période de mon adolescence durant laquelle j’ai fréquenté Cynthia et nos deux camarades n’a pas été très longue. Nous nous connaissions depuis les petites classes de lycée, mais nous avions quinze ans quand nous avons commencé à fréquenter le Canastel et à courir les surprises-parties, et ensuite, quand j’ai eu dix-huit ou dix-neuf ans, j’ai rompu avec eux. Je suis passé dans un autre monde. J’ai changé de galaxie. Et il a fallu cette réunion des anciens élèves du Parc-Impérial pour que je me souvienne. Soudain, l’apparition de Cynthia et des deux acolytes m’a replongé dans un passé lointain que je croyais aboli, et dans les jours et les semaines qui ont suivi, un souvenir troublant m’est revenu en mémoire. Et j’ai voulu le raconter. Jusque là, je n’avais jamais écrit que des critiques de jazz ou quelquefois de films, en fonction des commandes. Je me suis demandé comment Ernest Hemingway ou Truman Capote s’y seraient pris. Je les ai relus, en particulier, pour Capote, La Traversée d...
Articles récents

Les anciens du Parc Impérial

Le personnage que nous découvrons après la mort d’Armand n’est pas tout à fait conforme à celui que nous avons connu. Il faut dire qu’il ne s’était agrégé à notre groupe que tardivement. Cynthia, Axel, Albert et moi sommes niçois. Nous nous sommes connus pendant les années de lycée, ensuite chacun a fait son chemin et nous sommes restés un demi-siècle sans nous soucier de prendre de nouvelles les uns des autres, ce qui ne nous empêchait pas quelquefois d’en avoir. Il a fallu que le hasard nous remette en présence quand nous sommes devenus vieux. Ce fut à l’occasion d’une réunion des anciens élèves du lycée du Parc Impérial, qui s'est tenue à l’hôtel Splendid, sur le boulevard Victor Hugo. Celle-ci était organisée par l’un des nôtres, qui n'était pas le plus sympathique mais qui dirigeait un important cabinet de cardiologie, rue Rossini, et d’abord nous avons mis à profit cette rencontre pour compter les absents, je veux dire les autres anciens élèves dont les noms et les physio...

Derrière la vitre

Quand vous vous montrez aimable avec les infirmières, il y a plus de chances qu'elles se montrent aimables avec vous. Plus attentives, plus serviables. Surtout la nuit. Beaucoup de choses se passent la nuit, bien davantage que pendant le jour, des choses dont Monsieur Daniel se souvient mal. Des personnes inconnues apparaissent soudain, extérieures au service. Elles pénètrent sans bruit dans la chambre où il est seul, elles le réveillent, s’asseyent au bord de son lit, l’entretiennent d’affaires importantes, compliquées, impliquant d’autres personnes qu’il ne connaît pas davantage, elles les décrivent et lui ne sait pas répondre s’il les a vues cette nuit-là, si elles sont entrées dans sa chambre, si elles en sont ressorties par la fenêtre pour aller se perdre dans le parc. Ou si, non, il n’est venu personne et bientôt il se rendort. Maintenant il fait jour. Monsieur Daniel ne saurait pas dire quelle heure il est, si c’est le matin ou l’après-midi mais il se sent étonnement dispos...

Alias Agathe Bonitzer

Albert parle de scènes auxquelles il a assisté, d'aventures qu'il a vécues, de voyages qu'il a faits, de lieux qu'il a visités et même qu'il aurait habités pendant d'assez longues périodes, dont il sait pourtant qu'ils n'ont aucune place dans la réalité des choses, dans le cours de sa vie. Et comme, dit-il, il n'est pas homme à croire aux vies antérieures, à la métempsycose, il en reste là, il n'en dit pas davantage, alors que nous sommes tous les trois debout devant le banc du boulevard de Cessole où Cynthia est assise. Il est à peine cinq heures du soir et la nuit tombe déjà, elle nous enveloppe. Puis, comme nous nous éloignons, Albert et moi, comme nous quittons les autres, il me dit aussi: — Et pourtant, la précision du bruit de cette pluie qui tombait sur le jardin, devant la façade du monastère, qui s'écoulait par les gouttières, au plus haut de la montagne, et le tintement de cette cloche…  À quoi je lui réponds sans le voir (nous marc...

La vie cachée d'Iliazd Mirevelt

Amar Daoud parle à Edmond du Bois du Grand-Virolo, un domaine forestier situé à l’autre bout du pays, près de la frontière belge, où Iliazd Mirevelt se rend à intervalles réguliers, où il disparaît parfois pendant des semaines entières. Il lui demande s’il connaît l’existence de ces hectares de forêt, si le nom du domaine lui dit quelque-chose, à quoi Edmond répond que oui, sans doute, “une propriété familiale, si j’ai bien compris… Amar Daoud lui dit encore: "Le Bois du Grand-Virolo est la propriété de sa femme, Karine Huart de son nom de jeune fille. Elle le tient de sa famille mais, pour une raison que nous aimerions éclaircir, elle refuse d’y retourner depuis bien longtemps, laissant à son mari le soin d'en assurer l’administration, qui consiste (si les renseignements que j’ai pris sont exacts) dans l’abattage et le débardage des arbres sélectionnés, le prélèvement des animaux “nuisibles” (cerfs, chevreuils, sangliers, renards, ratons laveurs), le curetage des fossés, enfi...

Dans la forêt des Ardennes

Puis, quand elle a dix-huit ans, Nora décide d'aller rencontrer son père. Au fil de ses recherches, elle a fini par apprendre qu’il habite au cœur d'un vaste domaine situé dans la forêt des Ardennes, où il semble qu'il vive seul et où il est malade, apprend-elle aussi, fortement handicapé par sa jambe. Elle entre en contact avec lui. Ils échangent des lettres. Un vieil homme boiteux, demi-paralytique, lui écrit son père, mais si tu veux me voir. Alors, ils conviennent d'une date. L'Homme à tête de chien (puisque le vieillard en question, le père de Nora, ne serait autre que cet obscur personnage que l’on croyait mythique) lui indique la gare où il lui faudra arriver. Tu me diras la date et l'heure, lui écrit-il encore, et Germain sera à t'attendre devant la gare, assis sur le siège de sa voiture à cheval, une cigarette à la lippe, le front baissé sous son chapeau de pluie, nous en sommes convenus, tu ne pourras pas te tromper. Et le voyage se fera ainsi, si ...

Littérature: L'option numérique

J’écris sur Google Docs, presque toujours à partir de mon téléphone (un Google Pixel 7 Pro), et ce que j’écris, sur la page même où je l’écris, est librement accessible à tout lecteur qui se connecte sur mon blog, sous l’onglet Librairie . Depuis hier, j’ai commencé à ajouter des photos à ces Bribes , de petites vidéos ne devraient pas tarder à suivre. Je n’écarte pas l’idée que le texte au moins de ma proposition puisse être un jour imprimé sur du papier. Mais, pour l’heure, je suis résolu à tirer tout le parti que je peux du format numérique dont les avantages me paraissent les suivants: La fabrication du livre numérique ne me coûte rien. Et le lecteur, à son tour, peut y avoir accès en temps réel et à titre gratuit. Je peux revenir indéfiniment sur ce que j’ai déjà écrit et publié pour le corriger: élaguer, ajouter, préciser, améliorer. Je peux y incruster des images et des sons. Ce parti pris me paraît celui qu’auraient adopté Jean-Luc Godard s’il avait écrit, ou Franz Kafka s’il v...