Il y a eu trois étapes dans la vie professionnelle d’Armand, dont lui-même a témoigné auprès de nous sans trop de réticences, encore qu’il ne les ait jamais évoquées que de manière allusive. Ce n'était pas son genre de parler de lui. Quand il lui arrivait de le faire, il bredouillait, il s’en excusait au détour de la première phrase, et on souriait de reconnaître en lui un vieil adolescent. Au sommet de son haut corps voûté, son visage penché, imberbe et ridé, était comme celui du Jedi. Durant une première période, il est reporter, façon Rouletabille. Dans la seconde, nous l’avons vu gérant de la station-service du boulevard Soult. Il tient le rôle pendant une quinzaine d'années, jusqu’à la double disparition de Joseph Gaillard et de Jean Biasini, puis en quelques mois le voilà devenu détective privé, ce qui est une façon de renouer avec son expérience de reporter. Mais ce n'est pas tout. Nous pensons que son itinéraire professionnel inclut une quatrième étape qui commence...
“L’histoire est celle d’un pavillon de banlieue, pas celle d’un pavillon dans les dunes, comme chez Robert Louis Stevenson, mais un pavillon de banlieue. Ou, pour être plus précis, d’une rue de banlieue où il y a, dans un cas, un garage fermé derrière son rideau métallique, et dans l’autre, un pavillon un peu délabré, à la façade grise, qu’on aperçoit derrière le portail, avec un bout de jardin mal entretenu où, à votre coup de sonnette, deux molosses accourent en aboyant d’une voix caverneuse. — Il faut préciser encore. — Commençons par la rue. Elle est toute droite, déserte, aucun commerce, pas l’ombre d’un arbre, trottoirs étroits… — Et bien sûr un ciel gris… C’est entendu. Commençons par le garage. — Rien ne le signale de l'extérieur, dans l’alignement de vieux immeubles à la façade lisse, dont certains au moins peuvent être inoccupés, à moins qu’il ne s’agisse de bâtiments industriels. Un garage juste assez large pour une voiture. Celle-ci arrive de Paris, un coup d'averti...